Comprendre la rusticité et les zones de rusticité

10, 2014

Arbre fruitier sous la neigeAu Québec, tout jardinier se doit d’être informé de sa zone de rusticité, au risque d’avoir de mauvaises surprises au printemps! Un arbre planté dans la mauvaise zone de rusticité sera sujet à des blessures dues au gel et pourrait même en mourir. À quelques exceptions près, les agriculteurs et jardiniers de notre province se situent dans les zones 2 à 5.

 

Les zones, ça vient d’où?

C’est d’abord en 1960 que le Département de l’Agriculture des États-Unis (U.S.D.A.) créait la première carte des zones de rusticité de l’Amérique du Nord, basée uniquement sur les températures minimales hivernales. Quelques années plus tard, en 1967, des scientifiques d’Agriculture Canada décidaient de créer une carte des zones de rusticité du Canada qui tiendrait en compte non seulement les températures hivernales minimales, mais aussi la durée de la période sans gel, les précipitations estivales, les températures maximales, l’enneigement, les précipitations de janvier et les vitesses maximales des vents. En 2000, Agriculture et Agroalimentaire Canada en collaboration avec Ressources naturelles Canada mettaient à jour la carte avec la même formule mathématique, mais avec des statistiques météorologiques plus récentes (1961-1990). Téléchargez la carte en format PDF en cliquant ici.

La carte des zones de rusticité des plantes du Canada divise le pays en 9 zones (0 à 8; 0 étant la plus rude et 8 la plus clémente) et en 2 sous-catégories (a et b; b étant la plus chaude). À titre indicatif, Montréal se trouve en zone 5, Québec en zone 4 et l’Abitibi se range en zones 1, 2 et 3. Des arbres peuvent pousser dans leur zone respective ainsi que dans les zones plus clémentes au Québec, mais ne survivront pas dans les zones plus rudes.

Carte des zones de rusticité du Québec

Légende zones de rusticité Canada

Zone de rusticité… absolue?

Absolument… pas! Les zones de rusticité de la carte ne peuvent êtres utilisées qu’à titre indicatif seulement. D’abord, bien que plus de 3 000 stations météorologiques aient été utilisées, les variantes locales du climat, ce qu’on appelle les microclimats, ne sont pas répertoriées. Ainsi, un versant sud, bien qu’identifié en zone 3 b sur la carte, pourrait, par exemple, être réellement en zone 4a. À l’opposé, un site très venteux situé en altitude serait certainement une zone plus rude que celle indiquée.

La proximité d’une vaste étendue d’eau a aussi son rôle à jouer puisqu’elle crée un microclimat tempéré; les froids sont moins rigoureux en hiver et les chaleurs sont moins excessives en été. Voilà un grand avantage pour les producteurs fruitiers, car le départ de la végétation est ainsi retardé au printemps, ce qui évite le gel des fleurs que connaissent beaucoup d’autres endroits.

Les zones de rusticité ont été basées sur les arbres et arbustes seulement. Les vivaces doivent être traitées différemment compte tenu de la couverture de neige. Par exemple, des vivaces ou arbustes très bas zonés 6 ne conviendront pas dans le sud de la province sans protection, mais pourront facilement survivre en zone 3 sous couverture de neige.

Rusticité et arbres fruitiers

Dommages dûs au gel sur un poirierEn culture maraîchère, la rusticité importe peu puisque l’on peut démarrer les légumes en semis intérieur afin de compenser pour la courte saison. Lorsqu’on s’intéresse aux fruitiers, par contre, la situation est toute autre. À moins de les cultiver en serre, impossible de produire au Québec des oranges et des pamplemousses!

Malgré la croyance populaire, il est possible et facile de cultiver une grande variété de fruitiers dans notre climat nordique, même en zone 2. Poiriers, pommiers, pruniers, cerisiers, arbres à noix (noisettes, pignons, noix), groseilliers, cassissiers, gadelliers, camérisiers, plants de bleuets, vignes à raisins et j’en passe! La clé du succès réside dans le choix d’un arbre adapté à sa zone.

Mais qu’est-ce qu’un arbre adapté? D’abord et avant tout, il importe de choisir une variété rustique dans sa zone, et idéalement dans une zone plus basse. Pourquoi? Simplement parce que Dame Nature est fort imprévisible et nous apporte parfois des froids qui peuvent s’avérer supérieurs à la moyenne de notre zone. Il ne suffit que d’une nuit trop froide pour endommager gravement, ou encore, tuer le fruitier dont vous prenez soin depuis des années. La photo de droite montre un poirier non rustique qui a souffert du gel, on le remarque par les taches noires sur son tronc.

Côté pommiers, oubliez donc la McIntosh et la Délicieuse et tournez-vous plutôt vers des variétés tout aussi savoureuses, telles que Norda, Norkent et Red Haralson, qui ont fait leurs preuves dans des conditions extrêmes. Une bonne quantité de poiriers, tels que Ure, Early Gold, Loma and Krazulya peuvent pousser et produire en zone 3. Les cerises de France produites dans l’Ouest canadien ne sont pas assez rustiques pour notre climat, mais il existe des cerisiers aux fruits sucrés surets très agréables à manger frais, qui se plaisent en zone 2. Certains noyers noirs sont rustiques en zone 3, mais demandent une zone 4 pour mûrir leurs fruits. Le camérisier, quant à lui, provient de la Sibérie et ses fleurs sont rustiques jusqu’à -7 °C; il peut être planté en zone 1! Sachez aussi qu’un fruitier endommagé par le froid, en plus d’avoir un ralentissement de croissance, sera en proie aux maladies pour la prochaine saison, chaque blessure étant une porte d’entrée pour s’installer.

Ensuite, un fruitier bien adapté est un arbre dont la variété rustique aura été greffée sur un porte-greffe rustique. Si la variété choisie est bien rustique dans votre zone, mais que le porte-greffe sur lequel elle a été greffée ne l’est pas, vous n’êtes pas plus avancé! Il est très difficile de connaître l’origine du porte-greffe lorsqu’on achète en centre jardin; souvent importés de Hollande et greffés en Ontario, ce sont rarement des arbres bien adaptés à nos conditions. Recherchez toujours des arbres qui ont été greffés sur place, en pépinière.

L’aoûtement

Bien que vous plantiez un arbre rustique à votre zone et que l’hiver soit clément, l’arbre peut être endommagé par le froid. En effet, le bois de l’arbre, pour tolérer les rigueurs de l’hiver, doit avoir aoûté convenablement. L’aoûtement est le durcissement des fibres du bois; si le bois n’est pas mature, qu’il est encore mou, il aura de fortes chances d’être endommagé, même s’il est rustique! Pour plus de détails, consultez notre article La fertilisation des arbres fruitiers.

Finalement, les zones de rusticité sont un outil indispensable pour nous guider dans un choix de végétaux adaptés à notre région. Une fois que l’on connaît sa zone, on peut planifier et aménager des cultures fruitières vigoureuses et en santé, sans s’inquiéter du froid qu’il fera. Un arbre rustique adapté à son milieu et en santé, voilà le secret!